#2 Impact écologique, que faire en tant que professionnel du web

avec Raphaël Lemaire

Publié le 17/12/2018

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Raphaël Lemaire est développeur et sensibilisé depuis des années à l'éco-conception. Que faire en tant que développeur ou professionnel du web pour réduire l'impact de nos produits sur l'environnement et la consommation énergétique ?

En écoutant cet épisode, vous téléchargerez 21 Mo de données ce qui émettra 21 gCO2eq.

Transcript réalisé par Raphaël Lemaire lui-même (mille mercis !)

Aujourd'hui, on est avec Raphaël Lemaire. Est-ce que tu peux nous parler de ce que tu fais au quotidien, de ton parcours ?

Oui c'est facile, je suis développeur depuis onze ans maintenant, à peu près, freelance depuis quelques années et je fais du service, des missions, dans différentes boîtes, comme plein de gens. Je fais aussi à côté de ça pas mal de meetups, dont certains que j’ai organisé et je m'occupe depuis quelques années de la conférence Best of Web que j’ai co-fondé en tant que co-organisateur de meetup à l'époque et dont je reprend la présidence cette année.

Et tu travailles avec quel genre de technologies ? Plutôt java, javascript ?

J’ai fait pas mal de web, de front à une époque et aussi pas mal de back java, javascript. Là ma dernière mission, qui était un peu longue et du coup assez structurante, était quasiment que back avec beaucoup d’ops et autour des stacks java, javascript, node etc…

Tu as écrit un article pour 24 jours de web, sur l’impact du numérique sur l’environnement. Depuis quand tu t’intéresse à ce genre de problématiques ?

Alors l’écologie, ce n’est même pas que ça m’intéresse, c’est que ça fait partie de ma vie depuis à peu près toujours, je lisais les Science &Vie quand j’étais petit, je regardais les documentaires, et le fait qu’on a des problèmes écologiques dans le monde ça a toujours été dans mon esprit. Et depuis longtemps j’essaie moi même d’être cohérent avec ça dans ma vie quotidienne. Et arrivé à un certain temps je me suis dit, bon ok j’ai un métier qui me paraissait longtemps relativement neutre : je travaille avec un ordinateur, ça ne consomme pas tant d’énergie de ça, ce n’est pas comme si j’extrayais du charbon etc… Mais je me suis quand même documenté sur ce que le numérique avait comme impact (en plus on voit souvent passer des articles type « un email consomme autant qu’une ampoule », des titres un peu accrocheurs), je me suis vraiment documenté sérieusement (il y a plein de ressources) et en fait l’impact du numérique n’est pas du tout négligeable.

Si on prend la consommation d’énergie - c’est la première chose qui vient à l’esprit - c’est en France 13.5% de la consommation d’électricité en 2017, ce n’est pas négligeable du tout. Au niveau mondial on estime à 4% des émissions de GES pour le numérique, sachant que le transport aérien c’est 2%. Et en plus il y a un truc qu’il faut savoir : on présente parfois le numérique comme un truc neutre, mais en fait non. A un moment il y avait un rêve d’avoir une croissance propre. On opposait aux décroissants que grâce au numérique on allait pouvoir avoir plus de croissance sans polluer, etc… alors qu’en fait il faut forcément du matériel. Il faut au moins de l’énergie déjà pour faire fonctionner l’économie numérique et il y a aussi tous les terminaux qu’il faut fabriquer, et la fabrication n’est pas du tout anodine, à plein de niveaux. Donc oui il y a un impact. Je m’y intéresse depuis quelques temps.

Alors j’ai écrit un article effectivement pour 24 jours de web, que je remercie, c’est une super initiative si vous ne connaissez pas, je fais un peu de pub parce que c’est super ce qu’il fait. Ce n’est pas le seul contenu que j’ai produit, avec un peu le même contenu j’ai un article sur mon blog, un autre podcast que j’ai fait précédemment, j’ai fait aussi une présentation à human talks en septembre, donc c’est une démarche sur le sujet où j’essaie de partager ce que j’ai vu. J’essaie d’avoir une approche positive : « ok il y a des problèmes, mais qu’est-ce qu’on peut faire ? »

Dans notre métier il y a pas mal d’obsolescence programmée, dans les appareils, smartphone, etc… On en change tous les 18 mois en moyenne, est-ce que forcément ça aussi ça contribue au gaspillage ?

Ça contribue : la majeure partie de l’impact d’un smarphone par exemple c’est à la fabrication. A partir du moment où il est dans sa belle boite quand vous l’achetez, 90% des GES ont été émis. Si on commence à compter qu’il y a plein de choses qui rentrent dans la fabrication d’un téléphone qui ne sont pas que de l’énergie, tout ce qui est métaux rares, terres rares, plein de composants que l’on ne pourra pas recycler parce qu’ils sont inclus dans des alliages, etc… C’est impossible à récupérer une fois que c’est fabriqué. Et en plus souvent ces matières sont extraites dans des conditions qui sont lamentables pour l’environnement, par exemple les terres rares (qui en fait ne sont pas rares mais…), la façon dont c’est extrait en Chine en Mongolie, avec plein de produits chimiques… C’est très négatif.

Tu parlais d’obsolescence programmée. Il y a, on connaît tous la pression marketing, les fabricants disent regardez on a un nouveau truc super, l’écran est plus beau, le processeur est plus rapide tout ça. En plus il y a un statut social associé au fait d’avoir le dernier smartphone, le dernier ordinateur. Les gens ont tendance à remplacer des terminaux qui fonctionnent, donc ça c’est un problème. Les constructeurs sont quand même assez critiqués la dessus donc il y a peut-être un petit peu une tendance à remettre en cause ça mais aussi, et là ça nous concerne plus directement quand on fait du logiciel : la taille des logiciels qu’on fait et la façon dont ils se comportent. On est des geeks, on aime bien avoir les derniers terminaux aussi, on teste sur des terminaux récents et en fait les logiciels rament.

Il y a quelques articles qui sont sortis, il y a par exemple le patron de Greenspector qui a sorti un article hier sur le sujet et il y en a eu un autre en anglais il y a quelques semaines sur le fait que tous nos logiciels sont gros, tout est lent, par rapport à ce qu’on a comme machines c’est assez choquant. Si vous regardez ce qu’on faisait il y a 20 ans, 30 ans, 50 ans en informatique et qu’on compare à ce qu’il y a maintenant et bien en fait on est trop nul. Je suis allé à un meetup la semaine dernière où on a regardé la vidéo de la première démo d’interface graphique, de la souris, de drag & drop etc… des gens de Menlo park qui avaient inventé tout ça. Il n’y avait pas encore de fenêtres. Le mec travaillait avec une mainframe qui était à 30 km, on entendait les bandes magnétiques bouger quand il faisait des commandes. Bon l’interface est hyper sobre. Il n’y a rien. Il n’y a que des traits, du texte etc… mais il fait des trucs, il fait des drag & drop il ouvre des fichiers de bases de données, il fait plein de choses. Il fait même du remote, il travaille avec un collègue, ils ont deux souris sur l’écran en même temps. Et ça ne rame pas ! C’était il y a cinquante ans en 1968. Ca ne rame pas. Et maintenant on fait ça avec des machines qui n’ont rien à voir, et ça rame. Donc les logiciels il y a des choses à faire. On se dit « comment on en est arrivés là ? ».

Justement, que faire en tant que développeur dans notre travail au quotidien pour limiter l’impact sur l’environnement et la consommation d’énergie ? J’imagine améliorer les performances.

Alors il y a deux axes sur lesquels on peut travailler. Ce qui est intéressant c’est que comme ce sont nous qui concevons les logiciels ont est pas juste un client qui achète un truc comme on dit je vais acheter du bio ca va encourager le bio. On est l’industriel. On est Danone. On est au cœur du truc. Donc on peut vraiment avoir un impact important ; Il y a deux axes : l’économie d’énergie et essayer de ne pas pousser les gens à renouveler leurs terminaux. Je sépare un peu, parce que même si coté client c’est un peu lié, coté serveur si vous êtes dans un data center, le serveur vous ne l’achetez pas pour 18 mois comme un smartphone, il est acheté pour 10 ans. A ce niveau là, c’est tout de même important la fabrication du matériel, mais moins grave que coté client. Il y a 200 fois plus de terminaux coté client que coté serveur. Donc l’économie d’énergie coté server et faire en sorte que les applications ne rament pas coté client pour que les gens ne disent pas « alala je n’arrive vraiment pas à commander à manger, ou je ne sais pas quel produit vous faites, c’est mon téléphone, il faut que j’en rachète un »

Et spécifiquement pour les développeurs back qu’est-ce que tu proposes comme solution ?

Coté back c’est surtout améliorer les performances de l’application, l’efficience de l’application. L’efficience c’est faire la même chose avec moins de ressources. Des choses toutes simples qu’on peut faire c’est : utiliser de bons outils. Typiquement des outils qui vont plutôt utiliser de l’I/O non bloquants, des traitements asynchrones, et les mettre à jour. Par exemple avec chaque mise à jour de node ou de java, pour prendre des techno que je connais bien, il y a des améliorations de performances. Par forcément 50%, des fois 5%, 10%, juste en changeant la version, pam ! vous avez un truc qui est plus performant. Autre chose à faire : être sur du mutualisé. Pour éviter qu’une machine soit à 10% de ses capacités pour une appli, alors qu’en fait on pourrait mettre 10 appli dessus, bah on met directement les 10 applis dessus. Ca peut être du mutualisé chez vous ou sur un fournisseur de cloud. Fournisseurs de cloud qui ont souvent – alors c’est un peu du green washing peut-être – mais qui ont tous des programmes pour utiliser des énergies renouvelables. Il y a aussi des choses qui se font coté matériel, j’étais à une conférence en novembre, il y a plein d’acteurs qui travaillent sur des processeurs performants, des câbles performants, des fibres optiques plus économes, etc… Donc faire confiance aux professionnels pour l’hébergement.

Après, et là ça dépend des applications mais tout ce qui est amélioration de l’appli pour éviter des requêtes, des calculs inutiles. Il y a pas mal de chose qu’on peut faire. Tout ce qui permet d’économiser de l’énergie est bon à prendre. Un aspect positif : en fait toutes les actions qu’on peut prendre pour être plus écolo au niveau logiciel ont des impacts non écologiques positifs, du style faire des économies. Si on dépense moins de ressources coté serveur, comme on est facturé à la ressource, que ce soit avec un fournisseur de cloud ou en local, on fait des économies. Et aussi pour les utilisateurs j’imagine, une interface qui ne rame pas, qui est efficace…

Alors coté back si on améliore ça va répondre plus vite aux requêtes, c’est intéressant. Et coté front aussi. Il y a beaucoup de choses qui se passent coté front en ce moment. On a des frameworks, on a des clients lourds, c’est la mode. Et du coup il y a pas mal d’optimisation possibles. Il y a toutes les optimisations web qu’on peut faire du style, bien utiliser des sprites pour ne pas faire trop de requêtes images, ne pas utiliser d’images pour faire des dégradés, des ombres, si on peut le faire en CSS3…

Je ne sais pas si tu as vu ce troll sur le site d’AirBNB mobile qui chargerait une image de 3mo, juste sur la page de recherche, donc il y a une image de 3mo et juste cette page requêtait 170 fois le back.

Oui, bah ça c’est le genre de chose qu’il ne faut pas faire effectivement.

Ça récupérait du CSS, du JS, quelques requêtes API, mais juste pour afficher quatre champs de formulaires en fait.

Je ne sais même pas comment on en arrive là. Les gens ne testent pas leur site. Si, ils testent sur un réseau filaire à 100mb/s et woh ça prend une demi seconde ça va. Un des trucs important qu’on peut faire en tant que dev c’est de ressortir les vieux terminaux. De vérifier que sur les vieux iPhone 5. Enfin je donne des noms, mais selon le public du site ce qu’est un vieux terminal va changer, mais vérifier que sur des terminaux qui sont un peu anciens ça fonctionne bien, et vérifier aussi que sur un réseau qui n’est pas très bon, ça fonctionne bien. C’est l’approche mobile first. On en parlait beaucoup quand on commençait à avoir des mobiles il y a quelques années et elle est toujours d’actualité. C’est toujours intéressant de voir ce qui se passe sur des mauvais réseaux, sur des petits terminaux pas très récents. Et si ça fonctionne bien dans ces conditions là, ça fonctionnera forcément bien avec de meilleures conditions.

Dans ton article tu parlais un peu de tout ce qui est sobriété, en tant de que développeur dans l’utilisation de lib, etc…

Oui. Souvent on se dit je vais utiliser telle lib, par ce que ça va me faciliter la vie. Ce qui est bien, ça se comprend. Mais du coup il faut aussi se dire, surtout si on fait du web, que le client va devoir la télécharger, la lib. Un truc qu’on peut faire, il y a des outils pour ça, c’est de ne prendre que les fonctions que l’on utilise dans la lib, enlever les parties que l’on n’utilise pas. Et aussi se dire est-ce que vraiment j’en ai besoin, est-ce que je ne peux pas le remplacer par autre chose qui est plus léger, quitte à avoir un peu plus de boulot. Il y a une page sur github qui s’appelle You Don’t Need. Qui dit par exemple vous n’avez pas besoin de moment, vous pouvez utiliser telle fonction, telle fonction, qui sont standard en javascript. Vous n’avez pas besoin de JQuery, vous pouvez faire ça avec le dom etc… et, bon ça ne marche pour tous les cas, mais ça marche pour plein de cas. En parlant de JQuery il y a un truc qui est assez rigolo : c’est plus gros que turbo pascal. L’IDE, le debugger, le compilateur de pascal, quand c’est sorti la première fois dans les années 80 c’était plus léger que JQuery maintenant.

Oui tu parlais tout à l’heure. de l’article Software Disanchantment, et il parlait de windows 95 qui ne pesait que 30mo alors qu’aujourd’hui, pour les os, ou même pour des sites web tu peux te retrouver avec une application web qui charge 3mo de JS.

Oui. On peut se dire, déjà pour la beauté de l’art, qu’est-ce qu’on a raté en chemin pour en arriver là. Et aussi ça pousse, ça contribue à pousser, à avoir des terminaux toujours plus puissants, à utiliser toujours plus de réseaux, plus de fibres, plus d’énergie et de matières premières, alors qu’en fait on va en manquer très vite. On parle de peak everything. Dans 10/15 ans toutes les matières dont je parlais tout à l’heure qui rentrent dans la composition de l’électronique sont, alors il y a de la tension sur les ressources qui sont parfois géopolitiques comme pour les terres rares où pour le cobalt en RDC, parce qu’il y a un seul pays qui tient le marché. Pour les terres rares la Chine a gagné le marché en réduisant les prix très fort et en massacrant son environnement, mais on pourrait en avoir avec le Brésil, avec la Russie, il y a d’autres pays qui pourrait en produire. Ce n’est pas un cas où on a un pic. Par contre il y a d’autres métaux qui se raréfient. Et il y a aussi l’énergie. Là on commence à parler de pic de pétrole. Le pétrole conventionnel est en pic. Les pays de l’OPEP ne veulent pas l’admettre vraiment mais s’il n’y avait pas les sables bitumeux canadiens et le gaz de schiste américains les prix auraient déjà bien augmenté. C’est un peu un sujet d’actualité.

On s’éloigne un peu de l’informatique… Mais en fait le numérique se place dans le même cadre que tout ce qui se passe autour au 21e siècle où en fait, de toute façon on va devoir être de plus en plus économe. Et le numérique qui croit de 10% par an en ce moment devra faire partie de l’effort. Le fait qu’on doit réduire les émissions de GES de 4% par an à partir de 2018 pour tenir nos encagements, ça ne peut pas se faire en consommant plein de numérique, plein de terminaux parce qu’ils ont un impact pas du tout négligeable. Ça fait partie de la même démarche, de se dire ok, maintenant il faut qu’on fasse attention.

C’est un critère dans nos développement à prendre en compte finalement, autant que la fonctionnalité fonctionne, que les tests unitaires soient mis en place etc… que le critères consommation d’énergie va bientôt être un vrai critère super important.

J’avoue que j’aimerais bien, ce serait bien. Mais déjà il faut le mesurer ce n’est pas évident. Et si on le présente comme ça aux gens, aux clients, aux décideurs en disant il faut que le site soit économe en énergie ça ne sera pas du tout sa priorité, à moins qu’il y ait des métriques qui se mettent place dans chaque entreprise pour dire mon site doit être économe en énergie, ce qui est un peu une utopie.

Si on le présente comme ça, ça va être comme l’accessibilité un petit peu, où en fait ce sera un truc qu’on verra plus tard si on a le temps, alors que comme beaucoup de choses dans le logiciel, comme la qualité, tu parlais de tests unitaires. Si on fait tout le logiciel d’un coup et qu’à la fin on se dit « ah maintenant on va écrire les tests », ça ne va pas marcher. Tout ce qu’on doit bien faire en logiciel, que ce soit être relativement économe en ressources, en énergie, faire attention à l’accessibilité, faire attention à la qualité, à la lisibilité, à la documentation, tout ça c’est des choses qui doivent se faire au fur et à mesure dès le départ, si on le fait au fur et à mesure ça ne fait pas mal, si on le fait à la fin, si on procrastine, ça marche moins bien.

Et les bonnes pratiques convergent. Si vous voulez être accessibles par exemple, vous allez fournir un équivalent texte de vos contenus audio et vidéo…

C’est aussi pour le podcast !

…et ça c’est aussi écologique parce que la bande passante qui est prise par une vidéo n’a rien à voir avec celle qui est prise pour un texte. Et en plus c’est bon pour le SEO. Donc en fait tout converge. Si vous êtes accessibles vous avez plus de chances d’être bien référencés, vous êtes plus écolo. Il y a aussi, si vous voulez être bon au niveau vie privée, ne pas tracker trop les gens, ne pas leur imposer trop de publicités etc… vous allez limiter le nombre de trackeurs, de pubs, et au final ça fait moins de requêtes. Donc moins d’énergie dépensée, de ressources. Et c’est ça que j’ai trouvé vraiment intéressant quand je me suis documenté sur le sujet, les bonnes pratiques convergent. En faisant attention à ce qu’on fait, en ayant une checklist, de dire « est-ce que j’ai bien un transcript », par exemple pour mon fichier audio (qu’il faut optimiser d’ailleurs si c’est possible avant de le mettre sur le serveur).

C’est un truc qu’on ne fait pas assez, on a un peu tendance – on parlait de "software disanchantment" – à créer des trucs et à dire « ouais trop bien ça marche, j’ai fait un truc cool », mais on a pas assez une éthique, une organisation qu’on a dans d’autres métiers du genre, est-ce que dans 5 ans ça marchera encore, est-ce que je ne peux pas faire plus performant, est-ce que je ne suis bien accessible pour tout le monde. Des choses qui devraient être standard maintenant, des problèmes qui devraient être résolus depuis 10 ans du style l’accessibilité. L’accessibilité moi j’ai eu une présentation à la fac il y a 12 ans quand j’étais étudiant, et on en parle encore, on dit les sites ne sont pas accessibles. Il y a plein de choses comme ça qu’on devrait avoir intégré.

J’ai bossé dans une administration, il y a maintenant 13/14 ans, on parlait déjà d’accessibilité, mais ça n’a pas été mise en place correctement. On en parle encore aujourd’hui.

…Ce n’est pas si compliqué, mais il faut le faire au fur et à mesure. Il faut en être conscient. Question de sensibilisation des professionnels certainement.

Alors chers auditeurs, sur les conseils de Raphaël, alors ça je le faisais déjà : le fichier son il est en mono, donc ça réduit, il n’est pas en stéréo, et en terme de poids on fait aussi attention que ce soit super light. La qualité elle est pas top mais ça reste écoutable, c’est de la voix, c’est pas de la musique, donc voilà. Il manque le transcript par contre. On a essayé les outils automatiques ce n’est pas encore ça mais…

Donc on parlé du rôle de développeur. Et pour les métiers non techniques tu parlais, notamment les designers, UI,UX, les PO, les métiers autour de la tech ?

Il y a plusieurs choses. J’ai déjà parlé de tout ce qui est tracking et publicité. On peut dire « est-ce que vraiment j’ai besoin de trois outils de tracking ? » Il y a aussi, et c’est du aussi à l’organisation des entreprises, on a une course à la fonctionnalité, on veut absolument avoir toujours des nouvelles choses, annoncer que maintenant il y a un nouveau truc. En fait les gens utilisent une partie des fonctionnalités mais pas toutes. Il y a des études qui disent que 75% des fonctionnalités qui ne sont pas utilisées souvent et 25% jamais. Et en fait ce n’est pas possible, en tout cas c’est très compliqué, d’avoir un logiciel qui reste petit, mignon, qui ne rame pas, si vous rajoutez plein de choses.

Du coup déjà se dire en tant que PO : « ok, je rajoute des trucs mais est-ce que je ne devrait pas en enlever en même temps » pour que ça reste léger. Ca a aussi un avantage non écologique en même temps que écologique, de faire en sorte que le logiciel ne soit pas trop compliqué, que les gens arrivent encore à la comprendre, à se retrouver dedans, qu’ils aient une bonne expérience utilisateur. Donc ne pas ajouter de fonctionnalités inutiles ; Si son rajoute une fonctionnalité est-ce qu’on peut fusionner avec une autre, en supprimer une autre pour garder les choses légères. Donc ça c’est pour les PO ou équivalent PO. Il y a aussi, on parlait d’avoir des sites qui sont léger. Des sites ou des applications…

En terme de design ?

Oui. J’en ai parlé avec ma sœur, je lui ai fait lire l’article et tout ça. Et ma sœur elle est graphiste. Elle m’a dit, mais ce serait triste un monde, un web où tous les sites seraient comme wikipédia tout ça, mais en fait c’est pas aussi simple. Ce n’est pas parce qu’un design est simple qu’il est moche. D’ailleurs il y a eu une mode du minimalisme à une époque où on voyait des trucs très très beaux et minimalistes. Bon après il ne faut pas non plus utiliser des polices spéciales parce que ça prend du téléchargement etc… mais on peut faire plein de choses simples qui ne réclament pas plein d’images, plein d’animations et qui ne sont pas forcément moches. Par contre oui ça pose une contrainte. De dire « ok bon, est-ce que j’ai besoin de cet effet waouh, de charger les choses ? » c’est un style qu’il faut aimer, adopter.

Du coup tu rejoins un peu Marie Cécile Paccard lors du premier épisode. Elle disait un peu la même chose, ça peut être minimaliste mais pas forcément moche et effectivement tout ce qui est google font, les polices chargées forcément ça consomme et utiliser plutôt les polices qui sont déjà présentes sur les ordinateurs.

Oui, j’ai eu le privilège d’écouter le podcast hier que tu m’as envoyé. Et en fait ça rejoint pas mal de choses. La conversation que j’ai eu avec ma sœur – d’ailleurs je lui ai envoyé le lien – parce que ça rejoint des choses dont on avait parlé entre nous, entre elle graphiste et moi développeur écolo. Donc oui ce sont des sujets qui sont intéressants. Il y a aussi une question de gout. Moi un web qui ressemblerait à wikipédia, pocket, … des choses comme ça, avec beaucoup de texte, relativement épuré, ça me plairait bien. Ca correspond à ma façon d’aimer le web. Peut-être parce que j’ai découvert il y a longtemps ou je ne sais pas mais j’aime bien.

Donc on a parlé du fait de sensibiliser les clients, tu disais, voilà ce n’est pas une question de sensibilisation, c’est à nous développeurs de l’intégrer autant que les tests unitaires ?

Je pense qu’on manque souvent de maturité. Quelqu’un qui fait du bâtiment, ou un ingénieur dans n’importe quel autre domaine, il a une éthique, il y a une histoire de l’industrie. Un architecte il ne va pas dire « bah ok on met deux murs et c’est joli ». Et si on utilise 30 fois plus de briques que nécessaire c’est bizarre. Et ça rejoint aussi le Software craftsmanship. C’est de dire le professionnel du logiciel c’est moi. Ce n’est pas le client. Quand je vois des développeurs qui n’aiment pas prendre des décisions et que même pour choisir entre refactorer une fonction ou sortir sans refactorer ils demandent au PO, moi ça me choque. Je me dis c’est ton boulot de faire ça. C’est toi le professionnel, c’est toi qui doit savoir et qui doit choisir.

Ça marche pour le coté écologique par ce que c’est ce dont on parle aujourd’hui, mais ça marche aussi pour la qualité. Tu parlais de tests unitaires, tu ne vas pas demander la permission pour les tests unitaires. Si tu ne les fait pas c’est toi le professionnel, c’est toi qui doit savoir si tu les fait ou pas, est-ce que c’est plus important de shipper maintenant ou pas, les contraintes. C’est à nous de savoir ce qu’on fait, de pousser les choses vers la qualité, la sobriété. L’accessibilité c’est pareil on en parle parce que c’est un peu la même problématique c’est quelque chose qu’on doit prendre en comte dès le départ, être sensibilisé dès le départ et intégrer dans le développement. On ne devrait pas avoir à mettre une contrainte… Il y aura peut-être un jour une contrainte comme pour les voitures pour dire le site doit être économe, c’est imaginable. Mais on ne devrait pas avoir à en arriver là. Les sites des administrations par exemple doivent être accessibles c’est une contrainte qui vient de l’extérieur, alors qu’en tant que concepteurs de logiciels, sachant que le sujet date quand même d’il y a longtemps, ça devrai être résolu, ça devrait être intégré partout.

Alors comment sensibiliser les développeurs, comment les former finalement ? Est-ce qu’il ne manque pas de la formation ?

Alors la formation, c’est vrai que c’est compliqué. Il faut déjà former les gens à écrire des boucles, écrire des sites, faire du html, du CSS, ce n’est déjà pas des sujets simples. Moi j’ai eu la chance je disais d’avoir une conférence sur l’accessibilité quand j’étais à la fac. J’imagine qu’on peut faire – d’ailleurs je pourrais leur proposer – des conférences sur l’éco conception de logiciels. Moi la démarche que je prends là c’est justement de partager mon contenu, de faire des pres, des articles etc… pour dire l’éco conception ça existe, le numérique n’est pas du tout négligeable pour son impact écologique, donc c’est un sujet qu’il faut avoir en tête . Il y a plein de choses qu’on peut faire, on a vraiment survolé aujourd’hui. L’idée c’est tout ce qui peut économiser des requêtes, des ressources, que ce soi coté back ou front c’est bon à prendre. Et ma démarche c’est de partager.

C’est un peu l’objectif de ce podcast. Merci Raphaël d’avoir partagé ton expérience et ta sensibilité par rapport à ce sujet.

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