Le numérique dans le secteur culturel

Christine Debray, Camille Pène et Romane Clément

Christine Debray, Camille Pène et Romane Clément

Épisode 106 publié le 13/05/2026

Avec les invitées, Christine Debray, jeune retraitée, ancienne déléguée au numérique responsable au Ministère de la Culture, Camille Pène, co-fondatrice du collectif Les Augures, elle accompagne les organisations culturelles dans leur transition écologique et Romane Clément, co-fondatrice de l’agence d’Innovation et de design Ctrl S qui accompagne entreprises et secteur public dans leurs stratégies numériques plus soutenables.

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culture design déconnexion géopolitique réemploi souveraineté

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Extraits

Avec l'objectif d'augmenter les durées de vie de ces terminaux, on s'est dit, il faut faire une ressourcerie numérique pour le secteur culturel.

— Camille Pène

Il y a clairement un sujet autour de la déconnexion, la déconnexion des publics. Il y a un attrait évident d'une frange de la population et donc des publics culturels aller vers des dimensions moins connectées.

— Romane Clément

Pour moi, ce qui compte surtout, c'est faire comprendre aux structures culturelles, quelle que soit leur taille, que l'effet wahou, ça ne dure pas et qu'il vaut mieux viser un low-tech qui soit pérenne, qui soit surtout émancipateur pour eux et pour leur public.

— Christine Debray

Introduction

Richard Hanna :

Bonjour à toutes et tous, dans cet épisode, je reçois trois personnes, non pas une, non pas deux mais trois personnes, trois intervenantes, sur le numérique dans la culture, la soutenabilité du numérique dans le domaine culturel.

On a avec nous autour de la table Christine Debray, jeune retraitée. Tu as été déléguée au numérique responsable au ministère de la Culture.

On a aussi Camille Pène. Tu es cofondatrice du collectif Les Augures. Tu accompagnes les organisations culturelles dans leur transition écologique.

Et puis, on a Romane Clément. Tu es cofondatrice de l'agence d'innovation et de design Ctrl S (se dit "contrôle S"). Tu accompagnes les entreprises et le secteur public dans leurs stratégies numériques plus soutenables.

Est-ce que vous souhaitez compléter cette courte description?

Christine Debray :

Bonjour Richard, bonjour à toutes et à tous. Je pourrais ajouter qu'en fait, je suis venue à l'informatique et ensuite au numérique, pas du tout par choix, parce que j'étais geek, mais par, comment dire, besoin économique. En 80, quand j'ai commencé mes études après mon bac, pour être sûre d'avoir du travail, eh bien, je me suis orientée vers l'informatique. Et du coup, ça m'a donné un positionnement, le fait de ne pas être geek, le fait de, tout au long de ma carrière, j'ai mis le numérique à sa juste place. C'est-à-dire, c'est d'un outil et non pas d'un fantasme ou d'une fin en soi.

Camille Pène :

Bonjour Richard et merci de l'invitation. Bonjour à toutes et tous. Je peux compléter ma présentation en disant qu'avant de cofonder les Augures, il y a quatre, non plus que ça, six ans maintenant, le temps passe, j'ai travaillé dix ans dans le monde du numérique, dans le monde des start-up, dans des pôles de compétitivité, des incubateurs. Et que le fait que je porte aujourd'hui le sujet du numérique responsable dans le monde de la culture est lié à cette histoire professionnelle dans le secteur d'innovation technologique. J'étais notamment directrice du Festival Futur en Seine. Les anciens connaissent.

Romane Clément :

Salut Richard, bonjour à toutes, bonjour à tous. Présentation assez complète pour ma part. Je dirais qu'aujourd'hui, on se définit comme une agence numérique d'intérêt général. Ça compte pas mal dans la façon dont on aborde nos activités. Avec deux pans, finalement, qu'on vient de définir, c'est tout frais, mais qui, je trouve, correspondent assez bien à la réalité. Bien choisir ce que l'on conçoit et bien concevoir ce que l'on a choisi. C'est vraiment deux pans hyper importants de l'activité de Ctrl S. Et toute la partie "faire ensemble", on va parler de l'Augures Lab numérique responsable, mais c'est également une partie intégrante de la façon dont on rend opérationnel le numérique responsable.

Romane, il y a trois ans, tu avais cassé LinkedIn, avec un post qui a fait près de 15 000 réactions et plus de 600 commentaires. Tu racontais comment tu as assigné en justice une entreprise pour obsolescence programmée. Peux-tu nous raconter ça ?

Alors j'ai cassé LinkedIn, mais LinkedIn est encore là, donc LinkedIn est robuste. Oui, c'est une histoire qui a en effet pas mal fonctionné, que j'ai apprécié raconter. En tout cas, ça remonte à 2015, l'histoire initiale. J'étais jeune et ce n'est pas de l'obsolescence programmée. C'est important de le souligner parce que je pense que les fabricants de matériel numérique peuvent aussi se passer de ce genre de panne dans le délai de conformité légale de deux ans. Là, c'était vraiment un dysfonctionnement sur lequel ils n'avaient pas la main et qui leur a coûté beaucoup d'argent.

Donc, je pense que c'est important aussi cette notion de terme obsolescence programmée qui veut vraiment dire quelque chose de volontaire de la part du fabricant et qui arrive beaucoup, je ne minimise pas le truc. Mais là, pour le coup, on était vraiment sur un défaut de fabrication, sur un modèle de HP, un PC portable qui a cessé de fonctionner au milieu de mon Erasmus. Donc, j'étais en galère, je n'avais plus d'ordi.

Le service client me répondait n'importe quoi. Donc, c'était vraiment limite un truc de vengeance personnelle, plus que de combat numérique responsable à l'époque. Mais voilà, je les ai assignés en justice et j'ai gagné. En plus, en montant un dossier tout seul sur la base de screens, de forums, de gens qui disaient avoir eu le même problème. Donc, ce qui prouvait aussi l'antériorité du défaut par rapport à l'achat, ce qui était assez inédit, je pense, dans le fait de prouver ce truc-là. Donc, c'était assez intéressant. Et j'ai adoré l'aventure juridique en tant que hobby. Donc, j'essaie de ne pas trop rentrer dedans.

Mais oui, c'était une histoire intéressante. Et quand j'en ai parlé sur LinkedIn, c'est vrai que j'ai fait référence ensuite à nos activités avec Ctrl S, en disant que finalement, ça avait un peu permis de paver la voie à des activités autour du sujet numérique responsable, et en particulier du matériel. C'est vraiment un sujet crucial, on le sait. Alors, on est venu un peu diluer des chiffres d'impact des terminaux avec l'impact des data centers, qui est quand même colossal, et plus que ce qu'on pensait en 2015, en 2016, en 2017, en 2018. Mais vraiment, il y a un sujet matériel. On prend un bras le corps quand on réfléchit aux stratégies numériques responsables, que ce soit dans le cadre du Lab, ou que ce soit dans le cadre de nos missions, nous en général.

Et à titre perso, je pense aussi que c'est un levier hyper important de numérique responsable, et aussi de se rendre indépendant vis-à-vis de ces objets, que ce soit par la voie juridique ou la voie de la réparation. Je pense qu'il y a vraiment des choses à creuser.

Camille, tu travailles dans le numérique, tu as bifurqué dans le monde culturel. Pourquoi t'être intéressée au sujet de transition écologique dans le domaine culturel ? Et comment arrives-tu aujourd'hui à une mise en action dans des organisations, des institutions culturelles ?

Initialement, j'ai une formation en histoire de l'art. Et mes premières expériences professionnelles, vraiment, au tout début, c'était en tant qu'assistante d'exposition dans des organisations culturelles, dans des musées, j'ai été assistante de recherche au Muséum d'art moderne à New York, à la Fondation Cartier, au Centre Pompidou.

Et j'avais abandonné ce secteur professionnel, du coup, pour aller travailler dans le secteur numérique. C'était quand même mon secteur de cœur, celui qui m'intéressait profondément. Et tout en étant dans le numérique, j'avais beaucoup de liens professionnels avec des partenaires issus des industries culturelles et créatives, au sens large. Donc j'avais pas non plus complètement lâché le lien à ce secteur, parce que c'est un secteur qui innove beaucoup.

Quand j'étais dans les incubateurs de start-up, dans les pôles de compétitivité, il y avait beaucoup de prototypes, de projets de recherche en numérique, qui étaient menés avec des acteurs des industries culturelles et créatives. C'est pas non plus une totale bifurcation.

Par contre, c'est vrai que le sujet écologique, ça, c'était une nouveauté pour moi de m'en emparer à titre professionnel. Et c'était quand même beaucoup lié à une forme de dissonance cognitive, vraiment à la fois un peu un trop-plein de la "start-up nation", une déception de ce que le numérique pouvait pour l'intérêt général, justement pour le bien commun, puisqu'il y avait eu quand même toutes ces promesses autour de l'économie collaborative, de la redistribution, du partage des connaissances, de l'encapacitation commune, quoi que pouvaient le numérique.

Et on voyait bien qu'en fait, c'était avant tout une affaire de business. Donc, il y avait à la fois, d'une part, dans le mouvement de créer les Augures et de m'intéresser à l'écologie dans la culture. Donc, laisser le monde de l'innovation, reprendre en main plus frontalement un sujet d'intérêt général. Vraiment, le grand défi de demain, c'était bien le climat.

Et pourquoi la culture ? C'était revenir à mon secteur de cœur. Et c'est quand même une industrie. On se dit "ouais, mais comparé à l'impact de la culture, l'impact environnemental de la culture par rapport au secteur de l'aviation civile ou par rapport au secteur du BTP, c'est vraiment rien du tout". Alors déjà, c'est pas si vrai que ça. La culture, c'est beaucoup d'usages, beaucoup de lieux, beaucoup de déplacements, beaucoup de bâtiments qu'il faut chauffer, qu'il faut refroidir. C'est beaucoup d'usages numériques aussi. Donc, il y a un impact environnemental qui est certain et qu'il faut maîtriser, réduire.

Mais par ailleurs, c'est aussi par la culture qu'on écrit des récits, des narratives pour demain. Elle a un rôle symbolique certain pour nous projeter vers des futurs désirables. Et donc, ça paraissait évidemment très stratégique de s'intéresser à ce secteur-là.

On a une approche classique à certains égards de consultantes ou d'éco-conseillères RSE (Responsabilité Sociétale ou Sociale des Entreprises). C'est-à-dire qu'on commence souvent par une étape de diagnostic, d'audit, pour comprendre où sont les impacts environnementaux des musées, des théâtres, des territoires dans lesquels on intervient. On a une façon de travailler collaborativement avec les équipes pour mettre en place des plans d'action qui vraiment vont venir transformer la façon dont sont produites, dont sont diffusées les œuvres d'art, les créations.

Mais un peu comme contre-relais, c'est là où on se rejoint, on croit beaucoup au faire ensemble. Donc, on est aussi beaucoup dans des mises en œuvre de démarches collectives qui amènent vers la recherche et vers le prototypage. On pense vraiment que c'est par le collaboratif et par l'action qu'on va trouver des solutions aux désastres environnementaux.

Christine, tu as travaillé dans l'administration publique. Quels étaient les enjeux environnementaux et sociaux du numérique pour l'administration publique et quels étaient les leviers pour y remédier ?

Alors, les enjeux, c'est toujours un peu un blabla institutionnel, je vais essayer de le simplifier. Il y avait d'abord au sein du ministère un enjeu de meilleure connaissance du système d'information, donc de l'ensemble des applications et des manières de les utiliser, pour diminuer le nombre d'applications au ministère.

Donc pour cela, il a fallu d'abord comprendre tout le système d'information, tout ce qui était utilisé par les métiers, pour chercher la mutualisation et comme je le dis souvent, fermer le robinet à projets inutiles.

Deuxième enjeu, c'était plutôt pour tout ce qui est l'administration numérique, les services en ligne pour notre public, un public souvent de professionnels. Il y a forcément l'enjeu de faire des services qui sont compréhensibles par tout le monde, qui sont simples à comprendre au sens de vraiment parler avec un langage clair et non pas avec le langage de l'administration.

Veiller à leur accessibilité, veiller à ce qu'on ne leur demande pas des informations qu'on a déjà, ça c'est comme pour les agents tout à l'heure, veiller à ce qu'une donnée ne soit saisie qu'une fois et puis après qu'elle puisse être récupérée. Donc tout ça c'est des enjeux d'accessibilité, d'éco-conception, d'éthique aussi dans la manière dont on parle aux gens, à nos professionnels et que tout le monde puisse utiliser les services, quelles que soient les conditions, pas beaucoup de réseaux ou bien certains handicaps, etc.

Le troisième enjeu qui est particulier au ministère de la Culture, forcément ce n'est pas comme dans les autres ministères, c'est qu'on a tout un secteur culturel qui utilise énormément le numérique parce qu'on lui fait croire toujours que ça va pouvoir augmenter les publics, il y a bien de la création numérique qui est intéressante avec toutes les technologies qui peuvent sortir, mais ce n'est pas une raison pour que tout le monde se précipite toujours pour faire la même chose et dépenser finalement beaucoup d'argent pour pas grand chose.

Cet enjeu-là c'était un enjeu d'acculturation et de formation finalement du secteur culturel pour qu'il comprenne les enjeux écologiques du numérique et utilise le numérique à bon escient pour faire progresser la culture en pensant à la mutualisation, etc.

Donc si je reviens au début, les enjeux internes du ministère, on a fait classiquement allongement encore de la durée de vie de nos matériels puisque 60% de l'impact du numérique sur les matériels c'est dans leur fabrication.

On a également sensibilisé sans relâche. Alors ça c'est vraiment sans fin, sans fin. On a aussi intégré, ça me semble important, tout ce qui était numérique responsable dans notre organisation et dans notre gouvernance du numérique au sein du ministère, par exemple dans le choix des applications, des nouveaux projets à lancer.

Et du coup ça se voit dans nos grands textes fondateurs. On a des textes, on nous a demandé d'écrire une stratégie IA. Dans notre stratégie IA, le premier axe c'est on ne fait de l'IA que si nécessaire et si on en fait, on en fait de manière frugale.

Donc voilà, on est toujours sur l'équilibre entre bien sûr c'est intéressant le numérique mais ne faisons pas n'importe quoi. Ne dépensons pas non plus inutilement l'argent public et faisons progresser la culture. Et puis bien sûr on va de plus en plus vers l'éco-conception qu'on introduit de plus en plus dans nos process de fabrication d'applications. Et on a, et ça c'est important, une gestion responsable de nos données et du stockage, voilà.

Et puis depuis 2022, c'est le moment où début 2022, Camille est venue me présenter les Augures-lab numérique responsable dans la culture. Je me souviens encore de cette présentation, de où j'étais, de ce qu'elle racontait à ce moment-là et je suis devenue totalement fan. C'est pour ça qu'on a financé depuis ce moment-là, les Augure labs.

Camille, est-ce que tu peux nous décrire ce qu'est les Augures et l'Augures labs ?

Les Augures, c'est à la fois un collectif et une association qui a pour mission d'accompagner le secteur culturel dans sa transition écologique. On a à la fois des actions d'intérêt général qui sont portées par l'association, par exemple l'Augure labs culture circulaire, ou encore un programme de résidence pour artistes en montagne dans le village du Chazelet.

Et puis on a des actions d'éco-conseillère où on accompagne, on fait des missions auprès d'acteurs culturels pour les aider à réduire leurs impacts environnementaux, à transformer leur façon d'agir, à produire, à éco-concevoir de nouveaux outils, mais aussi à se préparer aux crises environnementales majeures à venir.

On est de plus en plus positionnés sur la mise en place de stratégies d'adaptation pour les organisations culturelles.

Quand on a créé ce collectif avec cette mission d'accompagner le secteur culturel, on a tout de suite identifié qu'il y avait des sujets de la transition qui allaient devoir être traités collectivement.

Ça n'allait pas suffire d'aller voir d'une part le Musée du Louvre, d'autre part l'Opéra de Paris, d'autre part le Grand Théâtre d'Aix en Provence, pour les faire changer un à un, qu'il fallait vraiment attaquer certains sujets vraiment transversalement au secteur, notamment les sujets de mobilité, notamment les sujets d'éco-scénographie, mais aussi le sujet du numérique responsable.

Et donc l'idée de créer ces modèles d'Augures labs, qui sont des programmes de recherche action. On a d'abord lancé l'Augures lab Scénographie, qui s'appelle l'Augures labs Culture Circulaire, qui s'occupe justement de réduire les impacts environnementaux liés à la scénographie et à vraiment mettre en place des logiques de circularité, de réemploi dans le secteur culturel.

Mais moi j'avais à cœur, du fait de mon passé dans le monde du numérique, de créer l'Augures labs Numérique Responsable, et puis il fallait trouver le bon partenaire. Et c'est là qu'à la faveur de LinkedIn, qui n'est finalement pas si diabolique que ça comme réseau, j'ai rencontré Romane. Et que j'ai trouvé auprès de Ctrl S l'expertise sur le numérique responsable et l'appui méthodologique pour designer ce programme de recherche action, vraiment fondé, qui s'appuie vraiment sur des méthodologies de design, donc la problématisation, l'enquête terrain, qui va vraiment questionner les usages, récolter de la data. Et puis l'idéation et le prototypage, pour vraiment, le plus vite possible, mettre en main des preuves de concepts aux usagers, et qu'on progresse comme ça sur le sujet du numérique responsable.

Romane dit souvent qu'on aurait pu faire dix mille formations numériques responsables, x nombre de tables rondes, mais que vraiment, nous, on a choisi de l'action. C'est vraiment le modus operandi de l'Augures labs Numérique Responsable, pour faire changer les usages numériques, amener une forme de conscience dans les choix d'innovations technologiques qui sont portés dans le monde de la culture.

Est-ce que tu as des exemples de réalisations ou de mise en œuvre ?

Camille Pène :

Chaque année, on produit trois prototypes, et comme ça fait depuis 2022, comme l'a dit Christine, qu'on opère l'Augures labs Numérique Responsable, d'année en année, notre boîte à outils se renforce. Je peux citer quelques prototypes, mais Romane pourra compléter ce que je dis.

Par exemple, je peux raconter un échec, je sais que Christine déteste, parce qu'effectivement, c'était un des premiers enjeux sur lesquels on s'est mis avec l'Augures labs Numérique Responsable. C'était la question de l'impact environnemental du matériel, des outils, des terminaux dans le secteur culturel, et avec l'objectif d'augmenter les durées de vie de ces terminaux. Et donc on s'est dit, il faut faire une ressourcerie numérique pour le secteur culturel. Et parce qu'il y a des lois qui encadrent les possibilités de dons pour le secteur public, parce qu'il y a par ailleurs d'autres projets de ressourcerie, on s'est vraiment focus sur les terminaux et les matériels numériques propres au secteur culturel.

Par exemple, des matériels utilisés pour les expositions, pour éventuellement des concerts, et c'était quand même un projet assez ambitieux de mettre en place cette ressourcerie, puisque ça demande, oui, des logiques de traçabilité, de logistique sur l'ensemble du territoire français, et pour soutenir du coup l'ambition de ce projet de ressourcerie numérique, Christine a proposé qu'on confie le projet à l'atelier du ministère de la Culture, qui est donc cet incubateur interne qui sert à développer des projets numériques pour le secteur de la culture quand ils sont portés par des agents publics.

La méthodologie de cet atelier est basée sur d'abord beaucoup d'entretien, et c'est vrai que les enquêtes préliminaires qui ont été menées par la cheffe de projet qui s'était emparée du projet de ressourcerie, ont conclu au non besoin de cette ressourcerie numérique pour le secteur de la culture. Ce qui continue de nous faire dresser les cheveux sur la tête. On continue de penser qu'il y a un énorme besoin de favoriser les échanges de matériel, les prêts, de façon d'optimiser la durée de vie des douches sonores, des écrans qui sont en plus des matériels coûteux. On pourrait pensé que c'est financé par des grandes organisations comme le Mucem ou le Musée du Louvre, mais dont on aurait cruellement besoin des plus petites structures culturelles dans les territoires.

Mais on était encore en 2022, et peut-être que cet enjeu n'était pas bien apprécié par l'ensemble des acteurs qui ont été interrogés, mais ça c'est un des prototypes qui n'a pas vu le jour.

Mais on a des succès et des prototypes concrets qui fonctionnent, qui sont utilisés aujourd'hui. Je vais peut-être laisser Romane en présenter quelques-uns.

Romane Clément :

Oui, et puis je rajouterais aussi quelque chose qui est assez important, c'est que les prototypes qu'on développe à l'issue des programmes du Lab, qui sont des programmes qui durent huit mois. Donc on se donne quand même le temps de rentrer dans les sujets et d'atterrir sur ces outils qu'on prototype collectivement.

Ce sont des outils en licence libre, c'est-à-dire que n'importe qui, du secteur de la culture ou non, peut se saisir de ces outils, peut se saisir de ces enquêtes terrain qu'on a menées et qui sont généralement assez denses.

Et ça, c'est vraiment quelque chose qui nous tenait vraiment à cœur dès le début, parce qu'on sait que le secteur culturel, ce n'est pas que le Louvre, le Mucem et les autres "gros" comme on les appelle, on dit souvent les "gros". Mais c'est aussi le tissu culturel français, des structures de trois ou de quatre personnes qui doivent eux aussi remplir des demandes de financement, eux aussi vont être confrontés à l'éco-conditionnalité.

Et donc, c'était hyper important pour nous d'avoir ces outils accessibles. Je pense que ça fait partie intégrante du numérique responsable et qu'on aurait été aussi un peu à côté des clous si on n'avait pas fonctionné comme ça, surtout avec le soutien du ministère dans l'affaire et cette volonté d'utilité publique qui dépasse juste très largement les participants et les participantes du Lab.

Ceci étant dit, du coup, Camille a parlé d'un proto de la première année, on en a beaucoup d'autres. En fait, chaque année, on traite des thématiques dans le Lab. Pourquoi on traite des thématiques ? Parce que si on disait juste "numérique responsable", ce serait trop fouillis et on arriverait rarement à des choses spécifiques et opérationnelles dans le temps imparti. Et donc, chaque année, on a des thématiques.

Je peux citer, par exemple, la thématique ingénierie pédagogique sur le sujet des écoles d'art et de design. Je peux citer la question de la communication, de l'archivage et de la conservation numérique. Je peux citer le sujet IA générative, conformité réglementaire, mais aussi des sujets, vous allez le voir, qui rendent assez bien compte de la façon qu'on a de penser le numérique responsable.

C'est-à-dire pas uniquement un sujet environnemental ou écologique, mais un sujet qui est plus large, qui touche les questions de souveraineté, de robustesse, les questions des publics aussi.

On a eu une thématique écologie de l'attention des publics. Je pense que ça rend assez bien compte, finalement, de cette diversité de sujets qu'il y a au sein du numérique responsable. Ce n'était pas du tout la question initiale, j'y viens.

Un proto cool, Hector Ligne. Je viens de citer l'écologie de l'attention des publics, c'est celui que je vais décrire, il nous vient directement de la promo 2025, donc l'année dernière. C'est un kit de déconnexion pour établissements culturels attentionnés, c'est un peu la baseline qu'on a donnée. Et concrètement, il y a clairement un sujet autour de la déconnexion, la déconnexion des publics. Il y a un attrait évident d'une frange de la population et donc des publics culturels à aller vers des dimensions moins connectées, que ce soit dans leur parcours de médiation, dans leur avant-visite, leur après-visite, leur avant-concert, leur après-spectacle, quel que soit un peu l'univers culturel.

Et donc, on a conçu ce kit qui permet aux établissements culturels qui le reçoivent de soit organiser un événement déconnecté, comme l'a fait le musée Bourdelle, par exemple, c'est-à-dire une soirée où on n'a pas le droit d'avoir son téléphone, on le laisse à l'accueil et on vient profiter du musée sans son appendice technologique. Je dis ça, on dirait une complotiste. Non, mais il y a un vrai sujet là-dessus et l'enquête terrain l'a mise en exergue.

Donc, il y a soit cette possibilité, soit la possibilité d'aménager son espace pour faire des pauses cognitives. On l'a beaucoup vu pour des publics en situation de handicap, en situation de trouble de l'attention, d'autisme, etc. Ces espèces de bulles sensorielles, finalement. Mais on pense que ça peut être largement élargi à d'autres publics qui peuvent aussi bénéficier de ces pauses cognitives, surtout dans des environnements culturels très denses, très demandants, demandeurs.

Et enfin, une troisième option pour les établissements culturels qui veulent tester Hector Ligne, c'est celle de proposer des pochettes de verrouillage au public. Alors, on l'a déjà vu dans certains concerts, dans certains spectacles, je pense à Florence Foresti, qui propose systématiquement, qui impose même, ce qui n'est pas vraiment la même chose, mais systématiquement à ses spectateurs de mettre le téléphone dans une pochette qui coupe les ondes et qui les empêche de consulter leur téléphone.

En fait, on voudrait proposer ça au public culturel, aussi bien du spectacle vivant que plus muséal, finalement, de s'autoriser à une pause, une déconnexion pendant leur visite, tout en gardant leur téléphone sur eux, ce qui est logistiquement très pratique, disons le, versus un gardien de téléphone de plusieurs dizaines de milliers d'euros à un seul endroit.

Voilà, on a vraiment essayé de penser ce kit comme un design de service complet à disposition des établissements culturels qui peuvent, du coup, expérimenter ça et expérimenter l'attrait surtout.

On n'est pas convaincu que ça va être un succès, mais c'est aussi ça qui est intéressant, c'est que les établissements qui vont le recevoir vont nous dire "On a fait des études des publics après ce déploiement, les gens adorent ou les gens détestent et se sont pas du tout précipités sur le truc".

Donc on reste dans la dimension d'expérimentation, mais c'est un kit qui, en tout cas, les établissements culturels participants du Lab veulent le recevoir. Il est déjà parti en voyage, ce petit Hector Ligne, comme un correspondant allemand qui ferait le tour des établissements culturels.

Mais voilà, il y a un vrai attrait et c'est un proto dont on est assez fier puisqu'il est assez abouti et qui permet de poursuivre l'expérimentation au-delà des huit mois du Lab.

Richard :

Ça me fait penser à une anecdote, dernièrement j'ai été au théâtre voir une pièce de théâtre façon "tribunal", c'était un procès et c'était un peu participatif. Et je ne savais pas en fait, à l'entrée, il fallait flasher un QR code pour se connecter au wifi, parce qu'on était dans une salle où il n'y avait pas de connectivité, mais il fallait se connecter et pouvoir accéder à un formulaire pour participer au débat. Il y avait cinq ou six moments où il fallait répondre à des questions, de dire "Oui, il est coupable", "Non, il est innocent", etc. Et finalement, avec des propositions assez simples, et j'ai trouvé ça assez inutile, c'est une petite salle, ils auraient pu faire participer le public juste, lever la main pour ceux qui sont, il est innocent, etc. Et finalement, on était tous sur le téléphone, "Ah ouais, ça marche pas", il y avait des gens qui parcoraient toutes les allées pour aider les gens qui n'avaient pas accès au wifi, qui n'avaient pas accès au formulaire, bref, ça a créé une friction, mais du coup, c'était pas du tout agréable. J'ai trouvé juste d'avoir ce dispositif numérique qui faisait très gadget, c'était une petite anecdote, et du coup, ils auraient dû faire du Hector ligne.

Romane, on reste avec toi. En tant que designer, quels sont pour toi les défis d'un numérique plus soutenable dans le domaine culturel ?

Oui, c'est vaste. Je pense que notre posture de designer est intéressante à plusieurs égards pour traiter cette question du numérique responsable en général et dans la culture puisque c'est notre sujet aujourd'hui, mais déjà, la question des usages, elle est fondamentale.

Réussir à comprendre les usages, à anticiper les usages, à observer les usages, à tester les usages. Je pense que c'est une force du design. Partir vraiment du besoin, réduire le périmètre fonctionnel, se dire qu'est-ce qu'on veut régler, pourquoi on veut le régler.

Et d'ailleurs, Camille l'a abordé tout à l'heure, mais c'est comme ça qu'on a pensé aussi la méthodo de recherche-action du programme avec des phases de problématisation, d'idéation, mais aussi une très grosse phase d'enquête terrain. Ce qui m'amène à mon deuxième point, c'est que je pense qu'en tant que designer aujourd'hui, et encore plus quand on a la double casquette, en l'occurrence chez Ctrl S, on l'a de sciences humaines et sociales, en particulier de socio, de méthodes quali, c'est là qu'on peut vraiment venir mobiliser des compétences intéressantes pour pouvoir créer des dispositifs, des parcours, des objets, des produits, des applications numériques, des sites, un petit peu tout finalement, mais en se fondant vraiment sur une enquête scientifique.

Et ça, je pense que c'est la force aujourd'hui du design très clairement. Bien choisir ce qu'on conçoit et bien concevoir ce qu'on a choisi, ça se rapporte finalement un peu à cette première partie de l'idée de cette phrase, mais c'est capital.

Et puis, il y a aussi une notion d'itération ensuite, pas se dire qu'on a quelque chose d'arrêté, venir le tester, venir comprendre si c'est utilisé ou pas, réorienter, voire arrêter le projet. Christine mentionnait le robinet à projets tout à l'heure.

Mais en fait, parfois, il y a un truc intéressant qui sort au début, qui n'est plus du tout 8 mois après. Il faut savoir aussi couper, couper court à des projets inutiles ou écologiquement néfastes dans le secteur numérique et souvent, on peut avoir du mal à le faire pour plein de raisons.

Ce regard extérieur est assez systémique du designer global et du designer numérique, en l'occurrence, est vraiment nécessaire pour ces étapes de conception et de déconception.

Camille Pène :

En écoutant Romane parler depuis son regard de designer, justement, je parle de mon regard d'éco-conseillère, de consultant RSE et on est vraiment confronté à un défi, nous, dans notre métier, dans notre posture de consultant RSE, c'est qu'on a beau sillonner les routes de France pour aller faire des audits environnementaux, proposer des plans d'actions, rien ne change.

Et ce n'est pas que dans le secteur de la culture, c'est partout. On voit bien que la transition écologique, elle ne se passe pas. On continue de parler de transition, de bifurcation, mais rien ne change. Il y a une espèce de plafond de verre très fort et on est plutôt en régression totale en ce moment pour des raisons politiques.

Et là, c'est vrai que je me dis que le design a vraiment un rôle à jouer parce que ce n'est pas continuer de produire des rapports, produire des bilans carbone, dire c'est tant d'équivalent en tonnes de gaz à effet de serre, ou alors faites ci, faites ça, mettez des cols roulés, c'est pas ça qui va faire changer les choses.

Le design amène une forme d'empathie quand même très proche des citoyens, des citoyennes, de la réalité, de ce que c'est que de visiter un musée aujourd'hui, de la réalité, de ce que c'est qu'une expérience d'aller voir un concert.

Et par cette observation et par la proposition d'objets inédits justement, des kits de déconnexion, ... C'est peut-être un peu gadget, mais on propose finalement des jeux, des changements de posture qui vont peut-être faire péter le plafond de verre de la transition écologique. En tout cas, c'est un peu l'hypothèse qu'on porte dans l'Augures Lab Numérique Responsable.

On va passer à la séquence des "questions vite fait", avec des questions surprises où vous devrez répondre juste par un mot.

En fait, ce sera oui/non, vous répondez oui ou non. Parfois c'est traître, vous allez voir. Mais il n'y a pas de questions pièges.

Romane, en tant que designer, faut-il imaginer des Green Patterns, c'est-à-dire des Dark Patterns écologiques pour manipuler les utilisateurs pour qu'ils deviennent écolos ? Oui ou non ?

Camille, est-ce que c'est préférable qu'on ait tous des casques de réalité virtuelle à la maison pour visiter des musées du monde entier sans se déplacer afin de réduire notre empreinte carbone ? Oui ou non ?

Non.

Christine, que penses-tu du Rachida Da... ?

Vaut-il mieux réemployer les équipements, quitte à les envoyer dans un pays pauvre qui gère mal ou pas du tout ses DEEE, les déchets électroniques, ou les envoyer directement au recyclage chez nous pour bien gérer leur fin de vie ? Alors, qu'est-ce que tu choisis comme option ? Réemployer ou recycler ?

Dernière question, pour toi, Romane. L'association Halte à l'obsolescence programmée, te veut pour un poste de chargé de plaidoyer (imagine, c'est une invention). Tu acceptes, oui ou non ?

On va parler de jeux, de jeux vidéo. Parce que je rappelle que Christine, grâce au ministère de la Culture, j'ai pu développer le jeu vidéo Trois-Rivières. Est-ce que tu veux nous dire quelques mots ? Justement, c'est aussi un média culturel d'ampleur, le jeu vidéo. Le jeu, qu'est-ce que ça peut être comme utilité pour sensibiliser sur les enjeux également de numérique et/ou globalement d'écologie ?

C'est vrai que le jeu est important parce que c'est une méthode d'apprentissage, donc sans vraiment s'en rendre compte. Et du coup, c'est vrai que ces dernières années, je me suis mise en opportunité à chaque fois sur des jeux.

On a financé la fabrication du jeu Phone Impact qui était fait par l'Inria pour le mettre à disposition des bibliothèques et médiathèques de France qui ont envie de le prêter ou bien d'organiser des ateliers de prise de conscience des impacts écologiques d'un smartphone.

On a financé aussi, effectivement, ce jeu vidéo (Trois-Rivières). Il est trop cool parce qu'il est low-tech et il expose vraiment l'ensemble du cycle de vie et les impacts, à la fois écologiques et humains, de l'ensemble du cycle de vie d'un matériel numérique.

Donc ça, c'est trop cool parce qu'on essaye d'en faire le plus possible à publicité et c'est un moyen de médiation et d'information et d'apprentissage pour les enfants. Ça marche assez bien, même s'il était fait, tu m'avais dit, plutôt à partir de 11 ans. Des enfants accompagnés de leurs parents à partir de 6 ans, ça marche très fort aussi.

Et puis le dernier jeu sur lequel on a financé aussi une partie de la fabrication, on va dire, c'est un jeu qui a été fabriqué par l'INR, l'Institut du Numérique Responsable. J'en profite pour dire (publicité), que le ministère de la Culture est labellisé numérique responsable. On est le premier et même seul ministère à être labellisé. Enfin, je dis encore "on est" parce que c'est encore ma maison, même si je suis retraité.

Et donc ce jeu Numéville, c'est un jeu de plateau et c'est pour montrer les impacts du numérique. Là aussi, on a financé pour que les bibliothèques et médiathèques puissent l'avoir à leur disposition comme moyen de médiation culturelle et scientifique, finalement, sur le numérique et les impacts du numérique.

Donc c'est super important, me semble-t-il, d'avoir eu la liberté de pouvoir faire ce genre de pas de côté et d'aider par ce moyen-là, par le jeu, parce qu'on peut toucher des gens un peu plus jeunes aussi.

Restons avec toi, Christine. Les enjeux géopolitiques qui sont de plus en plus prégnants et des relations qui se tendent entre les pays, entre les continents. Comment les sujets de numérique responsable rejoignent des enjeux de cybersécurité, de souveraineté, de résilience ?

Alors, le service du numérique au ministère a toujours pris tous ces enjeux dans une globalité qu'on appelait numérique responsable.

On est passé, et on passe petit à petit, parce que ce n'est pas immédiat, en mode produit, c'est-à-dire qu'on ne fait donc que les projets qui méritent d'exister. On les fait au fur et à mesure avec les utilisateurs et on priorise vraiment rigoureusement les fonctionnalités qui sont nécessaires.

Et on essaye de faire, "by design", avec un design initial qui comporte tout de suite et la cybersécurité, et l'accessibilité, et l'éco-conception, etc. Et puis, en matière de résilience, c'est vrai, c'est compliqué, et de souveraineté, et de robustesse, enfin, il y a beaucoup de mots qu'on utilise désormais.

Nous, nos clouds sont français, typiquement, et on a fait en sorte, notamment, que là, on va parler un peu technique informatique. Les PRA, le plan de reprise d'activité, finalement, on n'en a pas pour une partie de ce cloud français, notre infrastructure de données qui permet de ne saisir qu'une seule fois les données dans les applications. Et bien, ça a été mis sur un cloud français, dont je ne donnerai pas le nom, mais le PRA, c'est normalement une copie conforme sur un autre cloud. Mais nous, on l'a fait totalement par code. Donc le PRA est codé, et ce code permettrait, si ça brûlait, si le cloud brûlait, de le remonter instantanément sur un autre cloud, et évidemment, ce code lui-même, il est ailleurs, il n'est pas au même endroit, donc ça, c'est pour la partie, à la fois, souveraineté, on a pris un cloud français, et la partie résilience aussi. Comment le faire, mais petit à petit, on veille, mais ça va être long, c'est un long chemin, à décomplexifier notre système d'information, toutes nos applications, nos infrastructures, pour aller vers une certaine résilience et robustesse, évidemment.

C'est un chemin qui est sans fin. La souveraineté dont tu parles, qui était très à la mode. Enfin, moi j'ai travaillé à la mairie de Paris dans les années 2000, on avait installé des logiciels libres à cette époque-là, donc c'était en pointe à ce moment-là, puis un petit peu en 2010, ça ne revient que maintenant, depuis 2025, donc ce sont des sujets qui sont mis en avant, malheureusement, par les politiques, puis après, ils passent à autre chose, donc c'est difficile de le tenir sur la durée, en fait, mais c'est important.

Romane Clément :

C'est hyper intéressant, parce que c'est un sujet qu'on a mis sur la table pour la promo 2026 de LAugures labs Numérique Responsable. On a deux thématiques qui font sens par rapport à ce que tu viens de dire, Christine, une thématique robustesse,
et une thématique numérique 2050, avec cette question, justement, de long terme, des stratégies numériques qui se doivent aujourd'hui d'être long terme, et plus au gré des directions qui changent, qui s'en vont et qui reviennent, c'est vraiment un sujet qui est trop chaud et trop stratégique pour qu'on puisse avoir des mots comme ça, qui sont à la mode deux mois. Et en fait, tout le monde oublie ce qu'il faut faire opérationnellement derrière, sur le long cours. Donc ce sera hyper intéressant,
avec nos 21 établissements participant à la promo 2026, de venir creuser ces sujets, en particulier pour le secteur culturel,
de robustesse, de résilience, mais aussi des sujets d'adaptation et de long cours, un peu prospectifs, finalement pas trop.

Je sais que la première question qu'on a suggéré pour cette thématique, parce qu'on suggère un peu des questions pour savoir ce qu'on met derrière ces thèmes, c'était comment repenser nos stratégies alors qu'il y a de l'instabilité géopolitique, entre autres, donc c'est pas vraiment prospectif, finalement. Mais voilà, ce sera très intéressant de l'étudier, de faire des recherches, mais aussi de trouver le bon outil, au sens très large, qui pourra bénéficier au secteur sur ce thème.

Quels sont les prochains défis écologiques auxquels les institutions et acteurs culturels devront faire face ?

Romane Clément :

Il y en a plusieurs, quand on voit que là, déjà, la semaine dernière, un outil de billetterie majeur utilisé par une très grosse partie du secteur shut down, parce qu'il y a une attaque, et qu'on a énormément d'établissements culturels qui se retrouvent sans billetterie pendant un long moment.

Non, il y aura clairement une question de souveraineté, de rôle aussi du public dans ces choix-là. Tout le monde dit, les services privés, la concurrence fera le travail d'outils pas chers, la main invisible régulera le marché. On comprend aujourd'hui pourquoi ces outils ne sont pas chers, parce que derrière, il n'y a pas de compétences et il n'y a pas de solidité aussi sur beaucoup de processus, de procédés, d'outils et d'apps, et même parfois de sites web.

Donc, clairement, une question qui va continuer d'être posée sur la question numérique liée au secteur culturel, et puis je vais laisser Camille rebondir sur les enjeux un peu plus larges.

Camille Pène :

Oui, les questions de souveraineté numérique pour le secteur culturel, elles sont imbriquées dans des questions écologiques plus larges. La première question, dans un contexte de base de financement du secteur culturel, c'est comment concilier des stratégies de développement économique et des stratégies de maîtrise de l'impact environnemental, et que les dirigeants et dirigeantes des structures culturelles comprennent que ça peut aller ensemble, que l'écologie, ça peut être du réemploi, ça peut être de la sobriété, ça peut être du moins, et donc un levier d'économie.

Un deuxième enjeu fort, bien sûr, il est autour des questions de mobilité. Encore et toujours, c'est le premier poste d'émission de gaz à effet de serre pour les structures culturelles, du fait de l'hypermobilité des publics, des touristes, notamment pour les établissements français, le musée du Louvre, le musée d'Orsay.

Clairement, 98% de leur bilan carbone, c'est des mobilités des publics. Et donc, comment penser cette question de la mobilité et de réduire les mobilités, de quelle façon le numérique peut venir intelligemment jouer sa partie sur la question de la maîtrise des mobilités, quand on sait quand même qu'on ne veut pas renoncer aux échanges culturels, aux coopérations culturelles, que c'est aussi un droit des artistes, que c'est aussi un droit citoyen, que de venir voir des œuvres, que de se déplacer, que d'échanger.

Et puis, dernier enjeu, je pourrais en citer beaucoup d'autres, mais il y a quand même la question de l'adaptation. Ça, c'est un sujet qui était très prospectif, de comment on se prépare vraiment à la catastrophe, aux catastrophes météorologiques, aux incidents qui sont de plus en plus fréquents, mais on voit que c'est vraiment un sujet très présent, qu'il y a déjà des musées qui doivent fermer parce qu'il fait trop chaud. Ils ne peuvent plus recevoir des publics dans des conditions normales ou parce qu'il y a des inondations qui menacent les réserves.

C'est cette question d'adaptation à ce nouveau climat. Il concerne la préservation des collections, il concerne l'équilibre mental et physique des équipes, les conditions d'accueil du public. Mais il concerne aussi le numérique, parce que comment on maintient des infrastructures numériques, quand il fait trop chaud, quand il pleut trop...

C'est tout cet enjeu qu'on va traiter d'ailleurs dans le Lab cette année, sous le thème numérique 2050. C'est vraiment un sujet à la fois de prospective, mais surtout de là, tout de suite, comment on fait face.

Christine Debray :

Je vais revenir sur les enjeux numériques dans la transition écologique. Pour moi, ce qui compte, surtout, c'est faire comprendre aux structures culturelles, quelle que soit leur taille, que l'effet wahou, ça ne dure pas, et qu'il vaut mieux viser un low-tech qui soit pérenne, qui soit surtout émancipateur pour eux et pour leur public, plutôt qu'être juste consommateurs et devoir acheter, notamment, des licences de logiciels, racheter des matériels. Parce que les versions des logiciels sont trop gourmandes, etc.

Quand j'interviens auprès de comités directeurs d'établissements publics, j'essaie de leur montrer que le côté numérique responsable, en fait, c'est juste mettre au centre l'attention à plein d'enjeux à venir, ou de contraintes réglementaires, on en a plein des contraintes réglementaires, et d'arriver à combiner tout ça.

Il faut mutualiser, il faut effectivement veiller à la robustesse de ce qu'on met en place, donc à la simplicité. Pas faire du surnumérique, tout simplement.

En fait, le numérique, on est dans l'hyperconsommation numérique, comme on est dans l'hyperconsommation de tout, des vêtements, des objets, etc. Donc, revenir à juste ce qui est nécessaire pour remplir nos missions sur la culture, c'est tout à fait possible avec le numérique. Il faut juste arrêter de croire l'hyper-marketing des vendeurs de numérique et de solution, qui ne nous servent pas forcément à grand-chose.