C'est reparti !

Newsletters > n°7 envoyée le 23/09/2021

La newsletter green, super green

Coucou. Nous espérons que vous avez passé un bel été sans évacuation de camping pour cause de feu de forêt. Nous vous souhaitons une bonne lecture de ce 7ème numéro, fruit d’une veille collective de la communauté Techologie.

Street-art représentant des enfants qui extraient des iphones du sol

Street-art de Eduardo Relero devant une boutique Apple, en 2016

1024 nuances de green

À trop s’occuper de gaz à effet de serre et d’équivalence CO2, on omet que le numérique consomme énormément de ressources générant des pollutions très graves, mais loin, très loin de chez nous. C’est à lire dans l’étude "Chasing Carbon: The Elusive Environmental Footprint of Computing".

Anaëlle Beignon est une designer française qui a étudié la marginalisation des utilisateurs d'appareils obsolètes dans le cadre de la numérisation des services publics suédois, et c’est passionnant : Design for Obsolete Devices.

Gilles Babinet, co-président du Conseil national du numérique, n’est pas pour moins utiliser la technologie. Il pense au contraire qu’il faut l’utiliser davantage car “le numérique est indispensable pour arriver à une société décarbonée”. La preuve ? Pas une étude, non, juste l’expérience personnelle : grâce à la mise en place d’un “chauffage intelligent” dans son appartement, il a diminué sa facture de chauffage de 60 %. Plus besoin, donc, du gazoduc Nord Stream 2 ?

Bouygues lance son application Mon empreinte smartphone pour “vous rendre plus sobre”. Pas question de remettre en question le renouvellement aberrant des terminaux et le marketing qui va avec. Ici, on se concentre sur la consommation réseau. On retourne faire pipi sous la douche.

Quel est le coût environnemental d’une mise à jour d’iOS, le système d’exploitation des iPhones ? Plus d’un milliards d’iPhones sont actifs dans le monde. Pour une mise à jour qui pèse pour chaque iPhone 4,7 GO générerait 32 000 tonnes équivalent CO2. Pour chaque mise à jour des iPhones, il faudrait planter plus de 3 millions d’arbres ! Pour l’instant, les forêts brûlent.

Une tribune dans le Monde a fait couler beaucoup d’eau pour refroidir les datacentres en surchauffe par les réactions véhémentes sur les réseaux sociaux : “Créer une écologie du démantèlement”. On a discuté avec certains auteurs de cette tribune, Alexandre Monnin et Emmanuel Bonnet de fermeture et desinnovation dans cet entretien pour Techologie.

L'entretien

Consultante dans le domaine de la transition énergétique et de la lutte contre le changement climatique, Sandra Hounkonnou s’investit depuis un peu plus d’un an sur son temps libre en tant qu’experte bénévole auprès de la fondation Solar Impulse. Nous sommes allés à sa rencontre pour en savoir plus sur ce projet.

Peux-tu nous dire ce qu’est le projet « 1000 solutions » de Solar Impulse ?

Un projet formidable lancé par Bertrand Piccard ! Après avoir bouclé le tour du monde en avion solaire, il s’est lancé un challenge de taille : prouver aux décideurs du monde entier qu’écologie pouvait rimer avec profit. Comment ? En dénichant et en labellisant 1000 solutions à la fois viables, profitables et durables. Il existe aujourd’hui une multitude de technologies, produits, ou services qui sont bénéfiques pour l’environnement…mais parfois certaines d’entre elles ne sont pas éprouvées techniquement, ou ne sont pas viables financièrement. La force du label Solar Impulse, c’est qu’il prend en compte non seulement le côté durable des solutions, mais également leur réplicabilité et leur rentabilité ! L’objectif est de montrer que c’est tout à fait possible de répondre aux défis environnementaux avec des solutions qui marchent et qui sont aussi rentables financièrement…et il y a désormais plus de 1000 exemples à l’appui pour le prouver.

Comment es-tu arrivée à être bénévole pour cette initiative et quel a été ton rôle, quel genre de projets as-tu accompagné ?

Je n’avais jamais entendu parler de la Fondation Solar Impulse avant d’assister au discours d’ouverture de Bertrand Piccard lors du salon ChangeNOW 2020. Je l’ai trouvé très optimiste : au lieu de se focaliser sur la crise environnementale, il était axé sur les solutions…Cela m’a vraiment parlé et m’a tout de suite donné envie de m’engager en tant qu’experte bénévole auprès de Solar Impulse. Quel est mon rôle dans tout ça ? Évaluer les solutions candidates à la labellisation pour déterminer si elles répondent ou non aux différents critères techniques, financiers et économiques définis par la Fondation.

Ce que je trouve passionnant dans ce projet, c’est la diversité des solutions proposées. Il peut s’agir aussi bien de technologies, de produits, ou de services, et les solutions peuvent provenir de start-ups comme de grandes entreprises. Sans compter qu’elles peuvent concerner des secteurs aussi variés que celui de l’eau, de l’énergie, de la construction, de la mobilité, de l’industrie et de l’agriculture…

Comment éviter que ces initiatives ne tombent dans le techno-solutionnisme, autrement dit comment éviter de penser que les solutions technologiques seront salvatrices ?

Quelle que soit la nature des solutions, il faut savoir prendre du recul et partir du principe qu’il n’existe pas de solution miracle. Parfois, à première vue, certaines solutions peuvent sembler extraordinaires… mais quand on prend la peine de creuser un peu, on se rend compte qu’elles soulèvent d’autres problématiques. Il est primordial de prendre en compte l’ensemble des impacts environnementaux et surtout de raisonner sur l’ensemble du cycle de vie pour ne pas se contenter de déplacer des impacts : le jeu en vaut-il vraiment la chandelle si ma solution permet de faire économies d’énergie tout en dégradant par ailleurs significativement la qualité de l’eau ? si je réduis de moitié les émissions de gaz à effet de serre liées à mon process de fabrication mais que je fais faire 3 fois le tour du monde à mon produit? Il faut toujours se poser la question du véritable coût environnemental qui se cache derrière toutes ces technologies, et s’assurer qu’on ne génère pas finalement des impacts supplémentaires par rapport à des alternatives plus classiques …

Comment peut-on s’engager en tant qu’expert auprès de Solar Impulse ? Et vois-tu d’autres initiatives à recommander à des personnes qui souhaiteraient s’engager sur ces sujets ?

Il suffit de remplir un dossier sur le site de la Fondation en indiquant ses domaines d'expertise et ses années d'expérience. Un certain nombre de prérequis sont demandés par Solar Impulse pour rejoindre le programme : parler anglais, avoir au moins 5 ans d’expérience, un profil plutôt technique ou académique, et surtout un fort intérêt pour les Objectifs du Développement Durable ! Une fois la demande validée, une formation à la méthodologie d’évaluation est proposée.

Et sinon, au-delà de Solar Impulse, je recommande très fortement l’initiative de Time for the Planet, également axée sur les solutions… Time for the Planet permet de sélectionner des innovations qui feront la différence pour la planète en s’appuyant sur l’intelligence collective ! Pour le coup, les évaluateurs sont beaucoup plus nombreux et il y a une multitude de manières de s’engager en tant que bénévole pour soutenir cette belle initiative !

Greenwashing, greenwashing, you rince it 3 times, you smell, it smells like a flower

Greenwashing : comment le reconnaître ou l’éviter ? Un article qui liste les marqueurs de l'éco-blanchiment. Utile !

À ne pas manquer

Aurore Stephant, ingénieure géologue minier, spécialisée dans les risques environnementaux et sanitaires des filières minérales et travaillant au sein de l’association SystExt (Systèmes extractifs et environnements) a livré lors d’une webconférence pour l’Institut du Numérique Belgique des éléments sur les dépendances du numérique à l’extraction minière. A voir absolument : Webconférence “Promesses de dématérialisation et matérialité minérale” (youtube).

Quelques informations très partiels issus de cette présentation :

  • Il faut prendre conscience de la matérialité et de la finitude.
  • Les quantités annuelles de métaux à extraire d'ici 2050 : 3 à 10 fois supérieur au niveau actuel !
  • La quantité de métaux produits dans les 35 prochaines années doit dépasser tout ce que l'humanité a produit depuis l'antiquité.
  • Les complexes miniers sont tellement gigantesques que l’être humain a du mal à les maîtriser, en attestent les accidents et les déversements de boues polluées.
  • Les contraintes et les règles sur le secteur minier sont largement insuffisantes même en Europe !
  • Le développement du numérique et la transition énergétique ne sont pas les seules causes de l’accélération de la demande en extraction de minerais. La première cause est le développement des pays émergents.
  • Le numérique est le seul secteur dont les éléments utilisés sont très diversifiés. Certains éléments sont des substrats d’autres éléments exploités de façon principale. Donc forte dépendance.
  • L’indicateur gaz à effet de serre n’est pas suffisant pour qualifier l’extraction minière : considérer de la même importance les enjeux humains, sociaux et environnementaux.
  • Principales solutions recommandées : sobriété, réduire la quantité de contenu métallique, durabilité, développer le recyclage, prévoir en amont dès la conception l’usage de matières recyclées et la recyclabilité en fin de vie.

Avant de se quitter

Une première étude de l’Ademe qui utilise des données NegaOctet vient de sortir : la comparaison des impacts environnementaux d'un événement réalisé en présentiel ou à distance.

Lorsque les services publics numériques deviennent intermittents pour répondre aux crises climatique et écologique : en mo(n)de dégradé.

L’Allemagne veut imposer un délai minimum de 7 ans avant la fin du support logiciel d’un smartphone.

Des mises à jour de sécurité continueront d’être disponibles pour iOS 14, même après la sortie d’iOS 15.

L’enfer du web d’aujourd’hui c’est dans “How I experience web today”.

Perché dans l’espace : Jeff Bezos demande que toutes les industries polluantes soient déplacées dans l'espace pour lutter contre le changement climatique.

Pour finir, si vous ne l’aviez pas encore vu ou écouté, Valérie Masson-Delmotte, paléoclimatologue revient sur le dernier rapport du GIEC chez le média Thinkerview ou bien chez le podcast Présages.

Prenez soin de vous et de vos smartphones et à dans 2 semaines !

Nous ne compensons pas les émissions CO2 de cet e-mail.

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